Mythes et antimythes
jeudi 20 avril 2017
mercredi 19 avril 2017
La Terreur : une forme de société
La Terreur est-elle connaturelle à la révolution ? Telle était la trame d’une conférence qui s’est tenue le 29mars à ICES (Institut Catholique d’Études Supérieures) à la Roche-sur-Yon à l’initiative du COSH, l’Association des Etudiants Historiens Icéssienns, en ce centenaire de la révolution bolchévique.
Les deux intervenants, Reynald Sécher et Stéphane Courtois, ont décrit la mécanique implacable de la violence révolutionnaire indispensable à la création d'un « homme nouveau ».
Il faut assurément aujourd'hui en France l'espace de liberté qu'offre une université privée pour imaginer une telle table ronde. Robespierre et son lointain mais exact successeur, Lénine, ont encore leurs noms de rues et leurs monuments les Terreurs sanglantes sont achevées mais le mémoricide perdure.
Reynald Sécher est devenu un proscrit pour avoir osé donner à l’extermination systématique des Vendéens son nom de « génocide ». Stéphane Courtois qui avait pu profiter de l’ouverture des archives de l’ex-URSS pour réaliser un décompte scientifique du nombre des victimes du communisme s'est vu fermer l'accès aux documents dès son Livre Noir paru. Et comme il le montre dans Communisme et totalitarisme, publié en 2009, la Russie de Poutine réhabilite Staline.
D'un côté comme de l'autre, « il fallait assassiner les gens du passé ». C'était même, parce qu'ils étaient obsolètes, « le plus grand service qu'on pouvait leur rendre », explique Courtois à propos des persécutions, assassinats, tortures qui ont marqué la progression de Lénine dès 1917 Dans son œuvre abondante, la Terreur est une notion qui revient souvent : « On va exterminer, il faut exterminer ! » Les millions de morts du communisme soviétique ne doivent rien au hasard ils ne sont pas un dérapage imputable à Staline. Stéphane Courtois rappelle que la première année de la révolution bolchevique a fait deux fois plus de morts - entre 15 et 20 000 - que plus d'un siècle de « répression policière » sous les Tsars qui lors de violents soulèvements populaires entre 1810 et 1917, aura fait moins de 7 000 victimes. « On change d'échelle. »
Le phénomène est inévitable parce qu'on veut « régénérer l'homme » à n'importe quel prix, reprend Reynald Sécher. Pour lui, « la mécanique terroriste commence dès 1788 : on prépare les esprits à la soumission » par les violences qui éclatent cette année-là.
De même, confirme Stéphane Courtois, Lénine entreprend dès 1905 une course aux extrêmes à la tête de ses « jacobins prolétaires ». Mais une fois la révolution installée, va-t-on continuer de suivre l'exemple français ? Pas tout à fait en Russie, Lénine ne veut surtout pas d'une élection qui puisse compromettre la réussite de son projet et sa place à sa tête. « Il a compris que ce serait infernal - même Robespierre a été guillotiné », rappelle Stéphane Courtois. D'où la création, quasi immédiate, d'une police politique. Et le putsch, dès 1917, qui évite l'imminente élection d'une constituante au suffrage universel...
Ainsi les Terreurs et leurs grandes figures s'éclairent l'une l'autre légale : organisée d'un côté, en France, de l'autre, en Russie, autocratique, dirigée par le seul Parti communiste en Russie. Lénine a tiré avec application les leçons du passé. C'est tout l'intérêt de cette confrontation Secher-Courtois elle permet de dégager les traits communs, et les mises en œuvres diverses.
On saura gré à Reynald Sécher d'avoir montré comment en France, le vote de lois, la Terreur, l'exécution administrative avec ordres écrits et comptes-rendus dociles de la part d'exécutants chargés d'« exterminer » la Vendée non seulement ne contredit pas la Déclaration universelle des droits de l'homme mais en découle.
« L'arme de la Révolution française, c'est la loi, et sa base est la Déclaration des droits de l'homme. Les totalitaires parlent toujours de progrès de l'homme. Celui qui refuse le progrès est-il un homme ? S'il ne l'est pas il est hors-la-loi, et il tombe sous la loi des suspects, et perd donc sa personnalité morale et juridique », explique Reynald Sécher. En Russie, l'exemple a bien été compris, confirme Stéphane Courtois ceux qui s'opposent à la Révolution deviennent moins que des hommes - des animaux.
L'aspect commun aux deux Terreurs tient en un mot « sidération ». L’horreur de l'extermination passe par une dimension psychologique qui rend possible la mise en œuvre de la tuerie par milliers ou par millions.
Lors de la Terreur en France, on a « fracassé, sidéré, rendu complice » cela passe, rappelle Sécher, par des exécutions massives et publiques auxquels le peuple est contraint d'assister. Son silence horrifié, son absence de réaction suffit « On va pouvoir y aller ». Le XVIIIe siècle avait pourtant été d'un extrême raffinement...
En Russie, « la surenchère dans la cruauté est un des moteurs du processus révolutionnaire », répond Courtois. Là aussi, « il faut rendre le reste de la population complice par le "pacte du sang" en le faisant participer à l’assassinat collectif-procédé mafieux ».
Courtois et Sécher ne l'ont pas évoqué, mais on pourrait dire la même chose du génocide contemporain, le massacre des enfants à naître au service d'un homme nouveau sans conscience et soumis à la nouvelle morale des « droits » : chacun est rendu complice par la société et les dissidents sont socialement éliminés. D'une révolution l'autre...
Jeanne Smits monde&vie 6 avril 2017
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mardi 18 avril 2017
lundi 17 avril 2017
dimanche 16 avril 2017
L’archéologie française à nouveau en pleine dérive idéologique
Laurent Chalard, Géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs
La mise en avant médiatique fin février 2016 par l’Inrap de la découverte inédite de tombes musulmanes à Nîmes, datées du VIII° siècle de notre ère, serait révélatrice, selon un de ses promoteurs, d’une coexistence choisie entre musulmans et chrétiens.
Elle témoigne d’une interprétation de l’histoire de plus en plus en vogue dans le milieu archéologique, qui insiste sur la cohabitation pacifique dans le passé entre différentes cultures ou peuples, les invasions étant perçues comme des événements rarissimes et, somme toute, presque sympathiques ! D’ailleurs, l’emploi du terme « antiquité tardive » pour désigner la fin de l’empire romain est un moyen de nier le caractère catastrophique de son effondrement, contrairement à la perception ressentie par les contemporains, probablement aveuglés par leur haine des « gentils » barbares qui venaient les massacrer…
Il s’ensuit que la vision de l’histoire des archéologues (et de certains historiens) français ressemble de plus en plus au «monde des Bisounours», comme s’ils étaient atteints par une maladie, le «syndrome maya».
En effet, l’archéologue britannique dominant des études mésoaméricaines de la première moitié du XX° siècle, John Eric Thompson, marqué par le conflit de la première guerre mondiale auquel il avait participé, voulait absolument voir dans la société maya une société de savants pacifistes. Or, ce présupposé s’est avéré totalement erroné une fois l’écriture maya déchiffrée, qui a démontré que, comme toutes les autres sociétés humaines, la guerre y régnait en permanence.
Les archéologues français devraient grandement réfléchir à cet exemple car les conclusions de leurs travaux sont très fragiles. En l’absence de textes, les invasions sont difficilement identifiables dans le sol. Par exemple, si le texte de Jules César sur la guerre des Gaules ne nous était pas parvenu, il aurait été très compliqué de déterminer le caractère violent de l’arrivée des romains en Gaule Chevelue, étant donné l’adoption progressive de l’urbanisme et du mode de vie méditerranéen par les Gaulois. Les amphores romaines sont déjà largement présentes un siècle avant la conquête et un bâtiment construit à la romaine (avec tuiles et enduits peints), découvert en 1992 rue du Souvenir dans le quartier de Vaise à Lyon, a vu son début d’occupation daté de la première moitié du II° siècle avant notre ère. Puis, après la conquête, l’architecture à la romaine ne s’est imposée que quelques dizaines d’années plus tard, l’architecture gauloise étant encore largement dominante à l’époque augustéenne, et l’abandon des oppida s’est fait petit à petit. Les témoignages d’une conquête extrêmement brutale en un laps de temps limité, très difficilement mis au jour avec le texte césarien, n’auraient probablement jamais été retrouvés sans lui !
De même, les invasions normandes, qui se sont déroulées quelques siècles plus tard, n’ont quasiment laissé aucune trace, en-dehors de la toponymie. Pourtant, ces incursions violentes furent un traumatisme certain pour les contemporains et les normands sont à l’origine de la formation d’une entité administrative spécifique de notre territoire, la Normandie. Plus globalement, l’archéologie des migrations a toujours constitué un maillon faible de la discipline en l’absence de sources écrites car il apparaît très difficile de savoir si les changements culturels liés à l’apparition de nouveaux artefacts sont le produit d’un changement de population ou de la diffusion d’une innovation au sein de peuples
En conséquence, l’utilisation actuelle de l’archéologie à des fins idéologiques, qui repose sur un calque sur le passé d’une vision d’une société multiculturelle non conflictuelle, est grandement inspirée par la représentation, tout à fait défendable par ailleurs, que leurs promoteurs ont de la société française actuelle. Cette prise de position montre que cette discipline n’a toujours pas tiré les conséquences des errances de son passé, que furent son caractère nationaliste au XIX° siècle, la collaboration avec le nazisme pendant la seconde guerre mondiale ou le marxisme au moment de la guerre froide.
Aujourd’hui, la discipline suit une dérive pacifiste, qui est profondément regrettable, dans un contexte d’avancées considérables, qu’il convient de saluer.
En effet, grâce aux travaux de l’archéologie préventive, nous savons désormais que le paysage français que nous connaissons aujourd’hui s’est mis en place dès le néolithique, que le niveau de développement des gaulois n’étaient pas aussi bas que l’historiographie du XIX° siècle avait voulu nous le faire croire dans une perspective (elle aussi) idéologique, ou encore que le Moyen Age ne fut pas aussi obscur, voire parfois déjà très moderne, comme l’ont montré les travaux de Joëlle Burnouf et Isabelle Catteddu.
Or, le maintien d’une posture idéologique pacifiste systématique dans l’interprétation de données très parcellaires risque de remettre en cause certaines conclusions incontestables, du fait de la méfiance inspirée pour l’ensemble de la discipline consécutive de cette dérive. Les archéologues français doivent donc faire très attention à leurs interprétations quand elles manquent de solidité, en gardant toujours en tête que les conflits laissent peu de traces dans le sol, ce qui sous-entend que leur discipline n’est pas la plus apte à aborder la question.
Laurent Chalard 14/04/2017
Source : Meta mag.fr
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samedi 15 avril 2017
La Libération vue de près

PAR HILAIRE DE CRÉMIERS
À LIRE. L'histoire de l'Occupation et de la Libération vécue chez les gens de lettres.
Le travail considérable est des plus minutieux. Si vous voulez tout savoir de ce qui s'est passé chez les gens de lettres - et il faut le dire malheureusement entre gens de lettres -, chez les auteurs et compositeurs dramatiques ou de musique, compulsez ce Dictionnaire de l'épuration des gens de lettres 1939-1949 de Jacques Boncompain qui est le spécialiste reconnu de tout ce qui concerne les auteurs et leurs droits. Le sous-titre évoque toute une ambiance : « Mort aux confrères ». Il serait toutefois injuste et même faux de s'arrêter sur les seuls règlements de compte. On connaît la jalousie et la rancune redoutables qui peuvent animer les membres de ces corporations. Les mots d'esprit, d'ailleurs, fourmillent sur le sujet : le livre en est rempli. Mais le travail de Jacques Boncompain est beaucoup plus ample. D'abord il met en perspective, ce qui permet de voir dès avant guerre des fractures qui ressurgirent à la Libération où l'idéologie recouvrit d'oripeaux des choix beaucoup plus personnels ; puis il explique en détail - et c'est du plus haut intérêt historique les rapports réels des gens de lettres - et de leurs organisations représentatives - d'une part avec le gouvernement de Vichy, d'autre part avec la puissance occupante, ce qui n'est pas la même chose ; et enfin tout cela resitué dans le climat de l'époque. Sur Brasillach, par exemple, tout est dit. L'Épuration fut une période horrible où la justice fut le plus souvent faussée, alors qu'elle était censée mettre fin à cette autre période horrible de l'Occupation.
Le régime avait été incapable de préparer la France à la guerre ; il fut incapable de la pacifier après guerre. De Gaulle aggrava la cassure. Il y eut des turpitudes, des maladresses, des choix absurdes, des dénonciations, des lâchetés, mais, il faut le dire à l'honneur de l'esprit français, il y eut aussi de magnifiques réactions beaucoup plus nombreuses qu'on ne le croit, notamment aux questionnaires de la Libération qui ressemblaient si étrangement à ceux de la Gestapo, de la part tant d'un Jean Poyet que d'un René Benjamin, pour ne citer que ces noms. Enfin l'auteur se plaît - et nous avec lui - à s'attarder sur des personnalités attachantes par leur droiture et leur courage, tel un Jean-Jacques Bernard, ce juif converti au catholicisme qui se sentait si français qu'au milieu de tant de violences successives il ne cessait d'appeler à l'amour du nom français. La préface d'Henri-Christian Giraud et la conclusion aussi puissante que ramassée de l'auteur ajoutent à la compréhension des évènements et des hommes.
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NON, la France n'était pas à Londres. Quelques précisions s'imposent...

Professeur Alain Rouet
La polémique ouverte par Marine au sujet de « la rafle du Vel’ d’Hiv’ » ayant montré des abysses d’inculture chez tous les protagonistes, un petit tour de piste historique semble s’imposer…
Un imposteur nommé De Gaulle
Marine reprend la vieille antienne gaulliste d’une « France » qui se serait retrouvée à Londres incarnée par une nouvelle Jeanne d’Arc étoilée… Sa médiocrité militaire l’ayant limité, à 50 ans, au grade de Colonel, De Gaulle finit par être nommé général 2 étoiles « à titre provisoire » lors de sa nomination au poste de sous secrétaire à la Guerre dans l’ultime gouvernement Reynaud. A l’armistice – après s’être assuré qu’aucune fonction ne lui était réservée dans le nouveau gouvernement – il s’envole directement pour Londres. Qu’il y ait emporté « la France » entre ses chaussettes et son caleçon ne relève que de sa mégalomanie. Si Londres abrite en effet des « gouvernements en exil » reconnus comme tels, notamment par les Britanniques, tel n’est pas le cas du bureau londonien de l’obscur De Gaulle ! Toutes les puissances, y compris le Royaume-Uni, reconnaissent la légalité de l’Etat français, seul représentant de « la France ».
N’ont rejoint le « général à titre provisoire » que quelques excités d’extrême-droite (venus notamment de la Cagoule) et une groupe de juifs (« J’attendais l’Eglise, j’ai reçu la Synagogue »). Nombre de ces derniers s’illustreront plus dans les appels aux meurtres de Radio-Londres que dans des activités parachutistes (voir l’inénarrable « équipée » de Maurice Schumann…). Non seulement De Gaulle n’est pas reconnu comme représentant « la France » mais est tenu pour un pitre aussi bien par Churchill que par Roosevelt. Après le débarquement en Afrique du Nord (novembre 1942) les Alliés (qui n’ont même pas prévenu De Gaulle de l’opération !) choisissent l’Amiral Darlan, Dauphin du Maréchal Pétain, comme représentant de « la France libérée ». De Gaulle le fait assassiner. Ils choisissent ensuite le Général Giraud qui résistera… à De Gaulle… jusqu’en 1944. Après avoir tenté de le faire assassiner De Gaulle parvient enfin à l’éliminer politiquement.
C’est seulement à partir de 1943 que De Gaulle est reconnu… par Staline… nouant ainsi la vieille complicité gaullo-communiste qui perdurera jusqu’en 1968 où le PC "F" sauvera encore la mise du grand homme… Sur les insistances de Staline, et toute solution de rechange ayant été éliminée, parfois physiquement, c’est seulement en 1944 que De Gaulle sera enfin « reconnu ».
Entre temps les réseaux de Résistance se sont montés sans qu’il y soit pour grand-chose, l’activité des « gaullistes » servant surtout à les récupérer. Quant aux troupes françaises qui reprendront la lutte contre l’Allemagne, les FFL gaullistes y sont ultra-minoritaires. Les gros bataillons sont fournis par l’Armée d’Afrique, pétainiste et giraudistes… Dans les faits le Général Micro a surtout servi sa propre propagande.
Une collaboration « ni franche, ni loyale »
Quant à l’Etat français sa « collaboration » ne vise point à aider les Allemands mais les Français. Elle n’est ni franche, ni loyale, mais consiste à discuter avec l’Occupant pour lui en accorder le moins possible. Il existe certes des « ultras » de la collaboration désireux d’œuvrer à la victoire du Reich. Ils ne sont pas à Vichy mais à Paris (l’activité des partis est interdite en zone libre) ! Et ils ne cessent de critiquer Vichy pour sa mollesse, sa tiédeur, son caractère rétif…
En quelque sorte le programme de Pétain est de « Défendre les Français »… à l’instar d’une des premières affiches du Front national de Jean-Marie Le Pen…
Concernant les Juifs la législation de Vichy se limite strictement aux Lois Alibert, promulguées dès juillet 1940. Ces Lois sont purement économiques, interdisant aux Juifs certains secteurs économiques et limitant leur nombre, par numerus clausus (2%), dans la Médecine et le Barreau. Toutes les autres dispositions les visant (comme le port de l’étoile à partir de 1942) résultent d’ordonnances allemandes n’ayant pas cours en zone libre.
Plus généralement il ne faudrait pas oublier que les Allemands ne sont pas de simples invités n’agissant poliment qu’après autorisation de leur hôte ! Un seul des pays occupés par l’Allemagne a été administré directement par elle : la Pologne. Qui osera prétendre que la vie y fût plus douce et le sort des juifs bien meilleur ?
Des juifs dans la collaboration
En Région parisienne des rafles ont eu lieu dès la fin 1941, organisées par les autorités allemandes sans même que Vichy en soit préalablement informé. Et il ne s’agissait pas de « raflettes » puisqu’elles portèrent sur plus de 4.000 individus.
Ce sont les Allemands qui imposent la « grande Rafle » de juillet 1942, et nullement Vichy qui aurait pris cette initiative ! Se posait simplement un problème de « souveraineté » : qui commanderait les forces de police chargées d’y procéder ? L’Etat français se serait-il porté aux abonnés absents que cette rafle aurait quand même eu lieu.
Ses préparatifs durèrent une bonne quinzaine de jours avec divers participants dont l’UGIF. L’UGIF, c’est l’Union Générale des Israélites de France, en quelque sorte l’ancêtre du CRIF… Une « minorité visible » dont nous gratifie LCI a ouvert son Journal sur « les 14.000 Français juifs » de la Rafle. Or celle-ci - après discussions (la politique de Vichy, comme d’ailleurs celle de l’UGIF, consistant à protéger d’abord les Français juifs) - ne porte QUE sur des juifs étrangers : apatrides, allemands, autrichiens, tchèques, polonais, russes… ! Et parmi ceux-ci sont exonérés les porteurs de cartes de l’UGIF et… les fourreurs et leurs familles. Ces derniers travaillent en effet à fournir des vêtements bien chauds pour le Front de l’Est. Le Vel’ d’Hiv résonne de noms priés de se présenter à l’entrée : ce sont ceux d’ouvriers en confection que leurs chefs d’Atelier sont venus tirer de ce guêpier. Eux aussi fabriquent des uniformes, apportant leur modeste, mais rétribuée, contribution à l’effort de guerre allemand…
La plupart des raflés sont transférés au camp de rétention de Drancy. Il est certes contrôlé par les Allemands mais largement auto-administré. Il y a notamment un médecin-chef, juif, chargé d’examiner les prépuces pour établir indéniablement la qualité de juif… Nos procureurs médiatiques devraient bien connaître son histoire puisque ses descendants font carrière à la télévision… Quant au directeur juif il participe naturellement à l’élaboration des listes de déportation.
On reconnaîtra bien volontiers que l’UGIF, les fourreurs, les ouvriers en confection, le directeur du camp et peut-être même le médecin-chef, n’avaient peut-être pas tout à fait le choix... mais les goys l’avaient-ils plus ?
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vendredi 14 avril 2017
jeudi 13 avril 2017
Abel Bonnard : un penseur original de l'éducation et de la culture
Frappé d'une véritable damnatio memoriae en raison de son engagement collaborationniste sous l'Occupation, Abel Bonnard fut pourtant un écrivain brillant et un penseur original en matière de culture et d'éducation.
Abel Bonnard naît à Poitiers le 20 décembre 1883, fruit des amours du comte Joseph-Napoléon Primoli descendant, par sa mère, de Joseph Bonaparte, et de Pauline Benielli, fille d'un médecin réputé et d'une riche propriétaire d'Ajaccio. Ne pouvant épouser le père de son enfant à venir, Pauline Benielli se résolut à un mariage de raison avec Ernest Bonnard, directeur des établissements pénitentiaires de la Vienne, qui reconnut l'enfant.
Entre classicisme et germanisme, un grand voyageur
Après des études à la Sorbonne et à l'Ecole du Louvre, Abel Bonnard, travaillant au Figaro et au Journal des Débats, publie des recueils de poèmes : Les Familiers (1906), bestiaire en vers qui aurait inspiré à Rostand son Chantecler, Les Royautés, sur fond de mythologie grecque (1908), Les Histoires (1908), puis des romans psychologiques de caractère stendhalien : La vie et l'amour (1913) et Le palais Palmacamini (1914).
Réformé en 1914, il sert tout de même à sa demande, sur le front champenois (1914-11916), puis en mer, à Brindisi (1916-1918).
Ses œuvres les plus connues seront des essais : La vie amoureuse d'Henri Beyle (1926), L'Enfance (1927), L’Amitié (1928), Saint-François d'Assise (1929), Savoir aimer (1937), L'amour et l'amitié (1939). Sa vocation de moraliste l'inscrit dans la grande tradition du classicisme français. Mais il se découvre aussi une sensibilité germanique. Trente ans après Taine, il découvre les limites de l'esprit classique français : ignorance de la réalité concrète : résumé en maximes sommaires des vicissitudes de l'âme, conception universelle et trompeuse de l'homme, empire absolu de la raison. Mais il reste trop français pour se convertir à une Weltanschauung germanique. En réalité, il conçoit le classicisme français et le germanisme comme les deux composantes de la civilisation européenne et souhaite un rapprochement entre la France et l'Allemagne.
Fêté dans les salons, il accomplit, en 1920-1921, un long périple qui le mène en Amérique du nord, en Asie et en Afrique. La Chine l'émerveille, et il en tire un livre, En Chine (1924), couronné par l'Académie Française. En 1923, il entreprend un nouveau voyage en Europe, en Afrique du nord et au Proche-Orient. De ses voyages, il tirera plusieurs livres : Au Maroc (1927), Océan et Brésil (1929), Rome (1930).
Abel Bonnard flétrit la société contemporaine, à l'économisme destructeur des identités, fondée sur l'idolâtrie du savoir au service d'un idéal égalitaire. Et l'Ecole républicaine est la matrice, la dispensatrice de cet idéal fallacieux. Tel est le thème de l’Eloge de l’ignorance (1926), opuscule de soixante pages, son premier livre politique.
Bonnard voit la cause de cette situation dans le triomphe d'un faux humanisme démocratique et libéral qui affecte, toutes les classes, tous les individus, même ceux qui s'en instituent les contempteurs; telle L’Action française, dont bien des membres sont des républicains d'éducation et d’habitude, des modérés, des conservateurs à la de Broglie. Aussi Bonnard prend-il ses distances avec L’Action française, qu’il a longuement fréquentée. Il a compris que l’aggiornamento des idées réactionnaires à partir des acquis de la pensée moderne aboutissait à leur altération par acculturation aux normes éthiques de l'élite bourgeoise issue de 1789.
Pour une Europe aristocratique et socialiste
Bonnard appelle de ses vœux la formation d'une nouvelle droite dotée d'une vision européenne de la civilisation, ayant une notion plurielle de l'élite, fondée sur la valeur personnelle, le sens moral, la capacité à agir et la sensibilité artistique, expurgée des pesanteurs socio-culturelles.
Ses modèles, il les trouve chez nos voisins transalpins et transrhénans. Il admire le fascisme et le national-socialisme, qui concilient grandeur nationale et politique sociale, et adjoignent à l'élite traditionnelle de la naissance et de la connaissance, une élite de la culture de l'énergie vitale et de l'action. Il devra attendre 1936 pour découvrir en Jacques Doriot le sauveur providentiel. Il devient un des collaborateurs intellectuels de Doriot, à partir de 1937, aux côtés de Paul Marion, Alfred Fabre-Luce, Bertrand de Jouvenel(1). Abel Bonnard vient alors tout juste de publier Les Modérés, Le drame du présent, au printemps de 1936, critique de la droite parlementaire française. Membre de l'Académie Française depuis 1932(2), il rencontre Alfred Rosenberg (30 avril 1937), obtient de Hitler un entretien à Berlin (4 mai 1937), reçoit la cinéaste Leni Riefenstal, (21 janvier 1938), se lie avec Otto Abetz. Ses maîtres à penser s'appellent désormais Spengler, Évola, Gobineau, Alexis Carrel, Georges Sorel. Il correspond également avec Ernst Jünger. Il est partisan, comme Drieu La Rochelle (Socialisme fasciste, 1934) et Alphonse de Châteaubriant (La Gerbe des Forces, 1937) d'une Europe des nations à la fois aristocratique et socialiste animée conjointement par l'Italie fasciste, l'Allemagne nationale-socialiste et une France rénovée par Doriot et le PPF. Aussi, lors de la guerre d'Ethiopie, prend-il résolument parti en faveur de l'Italie et signe-t-il le manifeste des intellectuels français « Pour la défense de l'Occident et la paix en Europe ». Dès mars 1936, il forme, avec Thierry Maulnier, Jean-Pierre Maxence, Lucien Rebatet et autres, un « Comité de vigilance contre la guerre » qui vise à préserver l'alliance diplomatique franco-italienne scellée à Stresa (avril 1935).
Après la défaite de 1940, Bonnard se rallie à l'Etat Français malgré ses réserves à rencontre du maréchal Pétain. Il écrit dans La Gerbe, Le Petit Parisien, Je suis partout, et publie deux ouvrages en 1941 : Des jeunes gens ou une jeunesse ? et Pensées dans l’action. Il co-préside la section littéraire du groupe Collaboration, fondé par Châteaubriant. Il est l'un des écrivains français invités pour un séjour culturel en Allemagne, du 5 au 26 octobre 1941. En 1942, il intégrera le comité de parrainage de la LVF. Dans ses écrits, il expose sa conception, nationaliste et socialiste, de la Révolution nationale.
L’éducation selon Abel Bonnard
Le retour de Laval au pouvoir permet à Bonnard de devenir, grâce à l'appui de ses amis de Pans et de l'Occupant, ministre secrétaire d’Etat de l’Education nationale. Il sera le dernier ministre de l'éducation de Vichy, et celui qui restera le plus longtemps en fonction : du 18 avril 1942 au 19 août 1944 Nous avons dit les critiques d'Abel Bonnard à l’égard de l’école républicaine.
Elle diffuse un savoir fait de notions spécieuses et tronquées agencées suivant des idées reçues aberrantes, et transmis par des maîtres demi et faux savants dont le bagage se ramène à un stock d'informations brutes privées de l'éclairage de la réflexion et de la culture.(3) Elle produit des maîtres et des citoyens qui « croient à la science sans rien savoir »(4), pensent que l'univers s'explique par le « jeu des forces les plus grossières » (5) et disposent d'une instruction indigente qui les incite à « oser parler de tout »(6). Elle provoque le délitement du corps social en suscitant en tout individu, un besoin d'affirmation fondé sur le maniement lourd de notions fausses et exprimé par des paroles creuses.
Comme Taine(7), Bonnard discerne la source du mal dès le XVIIe siècle. Au banc des accusés, le rationalisme cartésien, édifié autour du sujet clos sur lui-même exhalant son trop fameux cogito, et la trop fameuse méthode inductive-déductive. Cette philosophie a étayé l'étatisme déracineur, niveleur et uniformisateur et son pendant, l'individualisme, dont l'expression politique est la démocratie. Bonnard déclare, le 27 avril 1942, dans une allocution : « Parmi toutes ces idoles qu'il nous importe d'abattre, il n'en est aucune dont il soit plus urgent de nous débarrasser que Descartes qu'on a voulu nous présenter comme le représentant du génie français : il faut le faire passer par la fenêtre, » Descartes a ramené la métaphysique à la logique, a dévoyé la raison, et ainsi, a contribué à transformer le peuple français en une nation de sophistes, de rhéteurs, de ratiocineurs. Il est le précurseur direct des soi-disant "philosophes" du XVIIIe siècle et de leurs fausses "lumières" aveuglantes.
Aussi, Abel Bonnard, devenu ministre, s'attaque-t-il à l'encyclopédisme échevelé des programmes d'enseignement. Concernant l'enseignement primaire, il propose de leur substituer des programmes « simplifiés et concentrés » axés sur les seules connaissances élémentaires et conçus pour « embrasser moins, pour retenir davantage ».
D'une façon générale, Abel Bonnard préconise une véritable révolution pédagogique. Au rebours des principes et pratiques de la sélection méritocratique par des examens mettant en valeur la mémoire et l'accumulation du savoir, il défend un enseignement progressif adapté à chaque âge de la jeunesse et fondé sur la psychologie des élèves, elle-même liée à leur contexte familial et social ainsi qu'à leur développement physique et à leur santé. De ce point de vue, Bonnard emboîte le pas aux pédagogues d'avant-garde, qu'il s'agisse de Buisson, Dewey, Piaget, Wallon, et à la Commission de l’Ecole unique constituée en 1927 par Herriot. Il convient d'ailleurs de noter que Ludovic Zoretti, co-fondateur du groupe des Compagnons de l'Université nouvelle favorable à l'Ecole unique, longtemps militant socialiste, adhéra au RNP de Marcel Déat en 1941 et soutint Vichy et la politique scolaire d'Abel Bonnard. Comme Déat et autres, Bonnard estime que la fin de l'éducation consiste à produire des têtes bien faites plutôt que bien pleines. Et si, faute de compétence, il ne conçoit pas une pédagogie alternative à la pédagogie magistrale et sélective de l'Ecole républicaine, du moins il s'attache à alléger les programmes, à remettre en cause la tyrannie des examens, et à assigner à l'institution scolaire une autre fin que le dégagement d'élites purement intellectuelles par éliminations successives. Dès le 22 juin 1942, il émet une circulaire destinée à lutter contre le surmenage scolaire, que n'auraient pu, en toute objectivité, désavouer les partisans de l’Education nouvelle. Il y déclare : « Bien loin de ne voir en eux [les élèves] que leur esprit considéré comme un meuble vide qu'on bourre en s’efforçant d'y entasser deux ou trois fois plus de choses qu'il n'en peut raisonnablement contenir, on considérera l’enfant tout entier dans sa nature morale, intellectuelle et physique, dans sa personne authentique de petit Français : au lieu d'abuser de ce que la mémoire des enfants a de prompt, sans prendre garde à ce qu'elle a d'infidèle, on se rappellera qu'ils n'ont vraiment appris que ce qu'ils assimilent. »(8) L'éducation consiste à former l'intelligence, non à l'encombrer.
De la même manière, l'examen doit jouer un rôle éducatif, d'orientation, non (exclusivement) de sélection. Dans cette même circulaire, Abel Bonnard déplore que l'examen exerce sur l'enseignement « une tyrannie dégradante », s'impose comme « la seule justification des études », et réduise ces dernières à « un fatras de connaissances qu'ils [les élèves] doivent se fourrer momentanément dans la tête pour les oublier par représailles aussitôt l'examen passé »(9) Pierre Giolitto, qui cite ce passage, ne manque pas de relever l'analogie entre la critique bonnardienne des examens et celle de Jean Zay, le ministre de l'Education nationale du Front Populaire.
L'enseignement nouveau dont Bonnard se veut le maître d'oeuvre, doit donc préparer les jeunes à l'épreuve de la vie, sous tous ses aspects.
Bonnard demeure fidèle à l'opinion qu'il exprimait dans Les Modérés (1936) : l'intelligence n'est pas tout, et « l'homme a bien d'autres façons de valoir son prix »(10) Il n'existe pas une intelligence, mais des intelligences, variées, innombrables, équivalentes, égales en dignité et en importance. Il existe divers types d'intelligences, et chacun d'eux a son élite. De ce fait, l'élite elle aussi est plurielle. Il n'existe pas une élite unique, celle des plus beaux fleurons de l'Université et des grandes écoles, mais des élites.
« Une image nouvelle de l'homme exige un système scolaire nouveau », déclare Bonnard le 17 septembre 1942. Cet enseignement nouveau sera diversifié il fera une place plus grande au travail manuel (dans les écoles et les collèges) et aux enseignements techniques et professionnels de tous niveaux. Surtout, il donnera aux jeunes une éducation civique et sportive et éveillera en eux le goût de l'action et des responsabilités au sein d'une Europe remodelée selon des principes nouveaux. Par une circulaire du 13 mai 1942, le ministre exhorte les enseignants à convaincre leurs élèves de l'obligation d'une adhésion morale au nouvel ordre européen qui s'édifie sous la direction de l'Allemagne.
La fuite et l’opprobre
À la fin août 1944, Abel Bonnard quitte la France. Il fait partie du gouvernement fantôme de Sigmaringen. Le monde s'effondre autour de lui. Doriot, son héros, est tué le 22 février 1945 ; sa mère s'éteint près de lui le 4 mars. Le 2 mai, Bonnard part pour l'Espagne à bord d'un vieil aéroplane qui emmène Laval, son épouse et Maurice Gabolde, Garde des Sceaux. Le 4 juillet, la Haute Cour de Justice le condamne à mort, à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de tous ses biens. Enfin, une ordonnance du 26 décembre décide de sa radiation de l’Académie Française.
Abel Bonnard va vivre encore vingt-trois ans. Pauvre, habitant une petite chambre dans un immeuble vétusté de Madrid, il subsiste grâce à de rares articles de périodiques. Abattu, il veut pourtant se justifier publiquement. Aussi, revient-il en France en juin 1958. Il est arrêté, puis quelques heures après, remis en liberté tout en étant inculpé. Son procès devant la Haute Cour a lieu les 22 et 23 juin 1960. Les jugés concluent à l'inanité des charges retenues contre lui en 1945. Ils le condamnent à seulement dix ans de bannissement, une peine prescrite puisque prenant effet à compter du 2 mai 1945. Ils annulent la mesure de confiscation des biens et déclarent l'accusé fondé à réclamer une réparation matérielle à l'Etat. Mais Bonnard est un homme brisé. Il regagne donc son pauvre logis madrilène où il s'éteint le 31 mai 1968, âgé de 85 ans.
Paul-André Delorme Rivarol du 30 mars 2017
1) Cependant, il n'adhère pas au Parti populaire français (PPF).
2) Elu le 16 juin 1932, il est reçu sous la coupole le 16 mars 1933.
3) Eloge de l'ignorance, Hachette, 1926, p. 9-13.
4) Idem, p. 14.
5) Ibidem..
6) Idem, p. 24
7) Les Origines de la France contemporaine, Hachette, 1878-1894, tome I,L’Ancien Régime, Hachette, 1878.
8) Cité par pierre Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Perrin, 1991, p. 93
9) Idem, p.94
10) Les Modérés. Le drame du présent, réédité. Ed. du Labyrinthe, 1986, p. 100
mercredi 12 avril 2017
mardi 11 avril 2017
JULIUS EVOLA : « LE RACIALISME COMME ANTI-UNIVERSALISME »
Du point de vue proprement politique, d’abord, ce serait une erreur de considérer le racialisme comme élément hétérogène, rattaché pour des raisons contingentes à l’idéologie fasciste. La doctrine en question, correctement comprise, peut au contraire représenter un renforcement et un autre instrument du Fascisme, en tant que créateur d’une nouvelle civilisation antiuniversaliste, antirationaliste, anti-individualiste. Elle peut ainsi représenter une nouvelle étape, liée par un rapport d’étroite cohérence aux précédentes, de la Révolution.
En effet, sous son aspect politique le plus général et le plus communément connu, le racisme s’entend à déterminer le type humain prédominant dans une communauté nationale donnée, à le préserver de toute altération, de toute contamination, à l’intensifier, à y faire correspondre un sentiment déterminé, un orgueil déterminé, qui développera, tonifiera, rendra plus concret et « organique » le sentiment national – plus général. Il s’agit ainsi, en premier lieu, d’une continuation de tout ce que le fascisme a cherché à réaliser depuis son avènement en matière de politique et d’hygiène sociales, et d’autre part, d’école de virilité et de force pour le peuple italien, et surtout pour les nouvelles générations. La conquête de l’empire africain a eu pour conséquence naturelle l’instauration d’un nouvel ensemble de mesures protectrices et prophylactiques, procédant d’exigences analogues ; par ailleurs, il convenait évidemment que, au contact d’autres peuples, l’Italien saisisse pleinement les différences, sa dignité et sa force.
Sous un second aspect, interne, celui-là, le racialisme se présente comme une autre « puissance » du nationalisme, car le sentiment « racial » – même lorsque cette expression équivaut plus à un mythe qu’à une idée bien précise – est évidemment quelque chose de plus que le sentiment national. Comme mythe politique, la « race » est la nation vivante, qui n’est pas plus enfermée dans d’abstraites limites juridiques et territoriales qu’elle ne se réduit à une simple identité de civilisation, de langue, d’histoire. Le sentiment « racial » est plus profond que tout cela ; de tout cela, il est à la racine ; il est inséparable d’un sentiment de continuité, il éveille des résonances profondes dans l’être humain. C’est cette vérité-là qui se reflète même dans la sagesse populaire, dans des expressions comme « la voix du sang », « la race ne ment pas », « il a de la race », « vengeance », « la faute du sang ».
Ainsi, la nouvelle doctrine ranime un sentiment dont les racines plongent dans des formes de communauté au fond pré-nationale, dans la communauté propre à la lignée, à la gens, à la fratrie, à la famille patriarcale ou même patricienne, où il correspondait effectivement et positivement à une unité vraiment commune de sang. Dans sa conception moderne, la nation se présente déjà comme une unité de type différent, définie par d’autres éléments, en plus de la simple consanguinité, tant directe qu’indirecte. Ces considérations suffisent à faire apparaître clairement que, pour pouvoir légitimement passer du sentiment national à la conscience raciale, si l’on ne veut pas se limiter au « mythe », c’est-à-dire à une idée dont la validité réside moins dans sa vérité et dans son fondement objectif que dans son pouvoir suggestif, il faut en venir à une conception de la race assez différente de celle, élémentaire, qui est définie par le sang et, en général, par l’élément purement biologique, car il faut tenir compte, en elle, d’une série d’autres facteurs.
Ce point sera amplement traité par la suite. Pour l’instant, sur la base de ce que l’on a indiqué, nous dirons que l’idée raciale, en tant qu’idée politique, présente les mêmes dangers qu’un nationalisme de type démagogique, exclusif et particulariste.
Les avantages se rapportent à la complète opposition à tout mythe égalitaire et évolutionniste, à la réfutation de l’idéologie démo-maçonnique et de la philosophie des lumières, relatives à l’identité et à l’égale dignité de tout ce qui a forme humaine. Selon la doctrine raciale, l’humanité, le genre humain est une fiction abstraite – ou la phase finale, conservable seulement comme limite, mais jamais entièrement réalisable, d’un processus d’involution, de désagrégation, d’écroulement. En règle générale, la nature humaine est au contraire différenciée, différenciation qui se reflète justement, entre autres, dans la diversité des sangs et des races. Cette différence représente l’élément principal. Elle est non seulement la condition naturelle des êtres, mais encore une valeur éthique, c’est-à-dire quelque chose de bien en soi et qu’il faut défendre et protéger. Sous certains aspects, tous les hommes montrent certainement quelque chose de commun. Mais ceci ne doit pas prêter à équivoque.
Les avantages se rapportent à la complète opposition à tout mythe égalitaire et évolutionniste, à la réfutation de l’idéologie démo-maçonnique et de la philosophie des lumières, relatives à l’identité et à l’égale dignité de tout ce qui a forme humaine. Selon la doctrine raciale, l’humanité, le genre humain est une fiction abstraite – ou la phase finale, conservable seulement comme limite, mais jamais entièrement réalisable, d’un processus d’involution, de désagrégation, d’écroulement. En règle générale, la nature humaine est au contraire différenciée, différenciation qui se reflète justement, entre autres, dans la diversité des sangs et des races. Cette différence représente l’élément principal. Elle est non seulement la condition naturelle des êtres, mais encore une valeur éthique, c’est-à-dire quelque chose de bien en soi et qu’il faut défendre et protéger. Sous certains aspects, tous les hommes montrent certainement quelque chose de commun. Mais ceci ne doit pas prêter à équivoque.
Le racialisme, à cet égard, se présente comme une volonté – que l’on pourrait bien appeler classique – de « forme », de « limite » et d’individuation. Il exhorte à ne pas considérer comme essentiel tout ce qui, représentant le général, l’informe, l’hybride, équivaut en réalité à un « moins », à un résidu de matière non encore formée. Comme on l’a indiqué, tout ce qui est commun ne vient au premier plan, n’apparaît comme « valeur » et en quantité d’ « immortels principes », que dans les périodes de régression et de décomposition ethnico-culturelle, où, justement, la « forme » retourne à l’informe. L’« universalisme » – compris, selon l’emploi abusif, mais malheureusement devenu courant, du terme, comme internationalisme et cosmopolitisme – il ne faut pas le considérer, à cet égard, comme une idée parmi d’autres, mais comme l’écho et presque l’indice barométrique d’un climat de chaos ethnique et de dénaturation des types. Il n’y a que dans un tel climat qu’il est « vrai » : en tant qu’image de la réalité.
Que le racialisme, à cet égard, renforce le nationalisme dans ses aspects positifs, c’est bien évident. L’un et l’autre représentent une réaction salutaire, aussi bien contre le mythe démocratique que contre le mythe collectiviste, celui de la masse prolétarienne sans patrie et sans visage ; ils représentent une victoire de la quantité, du « cosmos » sur le chaos, et, comme on vient de le dire, de la forme sur l’informe. Sous tous ses autres aspects positifs, que nous déterminerons, le racisme reflète toujours ces significations-là, et, selon ces significations, c’est une doctrine et un « mythe » qu’il faut juger, du point de vue traditionnel, « en ordre ». Du point de vue politique, d’autre part, le réveil du sentiment national et racial est une des conditions préliminaires indispensables à la réorganisation cohérente de toutes ces forces qui, à travers la crise du monde moderne, étaient sur le point de se disperser et de sombrer dans le bourbier d’une indifférenciation mécanico-collectiviste et internationaliste. Cette tâche est une question de vie ou de mort pour l’avenir de la civilisation européenne tout entière.
Julius Evola
Synthèse de doctrine de la race (1941)
Première partie : La race comme idée révolutionnaire
1. Le racialisme comme anti-universalisme
Édition de L’homme Libre, p. 19-22.
Source : Front de la Contre-Subversion
Marchons avec Jeanne !
Tandis qu'il retrace la vie de l'héroïne nationale, l'abbé Rioult se risque à pénétrer les secrets de son âme – celle d'une sainte fidèle aux Voix qui lui indiquent sa vocation.
Chaque année quand approche le cortège traditionnel d'hommage à sainte Jeanne d'Arc (dimanche 8 mai, départ à 9 h 30 du parvis de l'église sainte Madeleine, Paris 8e,) nous nous sentons le coeur en joie et plus que jamais fiers d'appartenir à la seule nation à laquelle Dieu eût envoyé une jeune fille enjouée pour témoigner de la vérité de la France, comme il envoya son Fils porter témoignage de la Vérité tout entière. De quoi laisser éperdu de reconnaissance envers Dieu tout Français conscient de sa formation et de son identité. L'Action française a eu le grand mérite, au prix de 10 000 jours, de prison d'imposer à la République le cortège annuel. D'autres groupes défileront toute la journée du 8 mai et tous reconnaissent que s'ils peuvent encore défiler, c'est parce que l'AF s'est battue pour cela. Il n'y aura dans la rue ce jour-là que des enfants de Maurras.
Miracle de la grâce
On s'est trop souvent épuisé à expliquer par de simples concours naturels de circonstances l'épopée de notre héroïne nationale. M. l'abbé Olivier Rioult, dans un livre récemment publié, traite enfin dans toute son ampleur la vie de Jeanne d'Arc et expose, en historien scrupuleux, dans tous ses détails, ce qui est proprement l'Histoire d'une âme ou plutôt « l'histoire du miracle de la grâce et de la nature ». Interrogeons-nous avec lui « avec un infini respect, sur les sources mystérieuses mais réelles d'une si naïve et si efficace audace, de tant de courage avec une telle candeur, de tant de caractère avec une si délicate et fervente piété, d'un jugement si sûr, d'une résolution si ferme dans un être si jeune et si parfaitement féminin ».
Enfance pieuse
M. l'abbé Rioult, avec une érudition extraordinaire, fouillant dans les témoignages du temps et dans le texte du procès où elle répondit du tac au tac et avec un grand bon sens aux questions ineptes de ses juges, nous entraîne sur les pas de Jeanne, depuis son enfance pieuse et enjouée où elle apprit le Pater noster, l'Ave Maria, le Credo là où il faut les apprendre : sur les genoux de sa maman, jusqu'à l'intervention des Voix (saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite) l'incitant à « bien se conduire et à toujours fréquenter l'Église », signes qu'elles venaient du Ciel l'aidant à « poser un regard éternel sur sa fin, pour l'instruire du combat et de la couronne à laquelle Dieu l'avait destinée de toute éternité », mais établissant avec Jeanne des rapports non de l'ordre de la possession, mais de la vocation, donc respectant sa liberté. Puis, au bout de quatre ans, la rencontre du dauphin de France, héritier légitime (« c'est vous et non un autre »), puis les grandes batailles historiques pour chasser les Anglais du sol de France, le sacre du dauphin devenant Charles VII, enfin la capture, le procès et la mort. C'est une jeune fille toute simple que Dieu choisit pour cette mission ; comme quoi rien ne vaut une solide éducation au sein d'une famille chrétienne pour forger des âmes grandes et solides. La voici alors faisant la guerre et prenant Orléans, ce dernier bastion de résistance empêchant les Anglo-Bourguignons de ne faire de la France qu'une bouchée. Orléans, il faut sans cesse le redire, aujourd'hui c'est nous, nous qui refusons de nous résigner à l'effacement de la France. En suivant Jeanne prions pour mériter aujourd'hui une telle intervention divine...
Sainte de la patrie
L'abbé Rioult recueille au passage toutes les leçons que nous donne Jeanne par sa pureté d'intention, son immense pitié pour le sang répandu comme aussi sa prestance et son habileté à chevaucher, toujours consciente d'être mandée de par le roi du Ciel : « La France existait par son roi légitime ; elle prospérait quand il était juste et il était juste tant que les lys signifiaient les trois vertus théologales c'est-à-dire tant que le roi était uni et soumis filialement à Dieu par son Église. La piété de Jeanne est une vertu surnaturelle. » Sainte de la patrie ? Mais encore faut -il préciser : « Une communauté politique n'existe que par une amitié qui s'est construite en vue d'un certain bien. Pour Jeanne et les Français de l'époque ce bien pour lequel et par lequel ils s'unissaient n'est pas une simple prospérité matérielle c'est la salut de leur âme et la gloire de Dieu ; ce n'est pas la patrie d'un Robespierre, d'un Napoléon, d'un Poincaré ou d'un De Gaulle, ces chefs d'une patrie sans dieu qui "se dissocie" en une association de malfaiteurs. La France que Jeanne aime c'est celle qui met Dieu à la première place, c'est ce peuple fidèle et brave sachant prendre les armes pour être un bouclier de la foi »,... à l'image des Francs de Clovis à l'origine de notre pays.
Une oeuvre contre-révolutionnaire
À une époque (déjà !) troublée par la révolution dans l'État (Paris venait de connaître des journées révolutionnaires sanglantes) et aussi dans l'Église (il y avait eu récemment deux papes et même trois régnant en même temps, tandis que les conciles réclamaient la primauté sur le pouvoir pontifical), elle vint redresser les esprits et rétablir l'ordre : que le roi légitime fût sacré à Reims et qu'on obéît au pape, successeur de Pierre ! Pour elle, l'autorité humaine était une délégation divine et une participation à l'autorité même de Dieu (Charles VII accepta de recevoir sa couronne de Dieu seul). En ce sens, Jeanne accomplit une oeuvre essentiellement contre-révolutionnaire. Elle travailla à unir les coeurs et le sang, comme le marqua solennellement la cérémonie du sacre à Reims. Alors que l'islam commençait à se montrer menaçant, elle milita pour le bien de la chrétienté, « pour bâtir la cité chrétienne sur le plus sûr fondement et selon les vrais principes civilisateurs. Civiliser c'est spiritualiser, c'est libérer l'homme du péché ».
Mais ce langage était trop dur pour des hommes qui s'accommodaient de la révolution, trouvant dans cette espèce de "gouvernance" anglo-européiste leur intérêt (les affairistes bourguignons) ou leur confort intellectuel (l'évêque Cauchon), s'habituant à l'insubordination en toutes choses. Ils firent mourir Jeanne, ne voulant pas entendre son témoignage de vérité, Jeanne clamait la justice : les Anglais chez eux, les Français chez eux dans la complémentarité chrétienne des nations. Il fallait la condamner parce qu'ainsi l'on sèmerait le doute sur la légitimité de Charles VII et l'on remettrait en cause l'idée d'organisation de la chrétienté. Cela continue : au début du XXe siecle, il y eut Thalamas pour nier le caractère surnaturel de ces faits mais il reçut une fessée bien méritée, estime l'abbé Rioult, de la part des Camelots du Roi...
L'abbé Rioult suit pas à pas ce quefut la « passion » de Jeanne, mettant à chaque instant l'accent sur la ressemblance évidente avec la passion du Christ, lui aussi livré à la justice des hommes par des chefs religieux. Et cette mort ne fut pas un échec ! Nous en donnerons la preuve en marchant le 8 mai. Auparavant il importe de lire ce livre éblouissant d'érudition et de réflexions pour notre temps.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 5 au 18 mai 2011
Abbé Olivier Rioult : Jeanne d'Arc, Histoire d'un âme, éditions Clovis, 650 pages, 24 euros.
Libellés :
Charles VII,
Jeanne d'Arc,
Moyen-Âge
lundi 10 avril 2017
dimanche 9 avril 2017
Histoire de la droite par Pierre LE VIGAN
La droite, de Joseph de Maistre à Christian Estrosi : quelle histoire ! Il y a eu des histoires des droites en France en termes de généalogie politique, avec René Rémond (Les droites en France, 1982). On a pu lire aussi des histoires culturelles des droites, avec Jean–François Sirinelli comme maître d’œuvre (Histoire des droites en France, 2006). On a pu avoir sous la main les numéros « Gauche / Droite ? » et « Droite / Gauche ? » de la revue Krisis (revuekrisis.blogspot.com) dirigée par Alain de Benoist et Thibault Isabel, et, tout dernièrement, le livre sur la droite et la gauche de Michel Marmin et Éric Branca (Éditions Le tour de la question).
L’historien Gilles Richard livre sa propre histoire des droites en France, de 1815 à nos jours. À la différence de René Rémond, il s’attache moins à la généalogie des courants politiques (Rémond en voyait trois : légitimistes, orléanistes-libéraux, bonapartistes) qu’aux contextes qui expliquent l’évolution des droites et l’apparition de droites nouvelles (qui n’ont rien à voir avec la Nouvelle Droite). « Les hommes sont plus les fils de leur temps que de leurs pères », disait Marc Bloch. C’est le point de vue de Gilles Richard.
Pour cela, Gilles Richard apporte une attention particulière à l’histoire des partis politiques qui sont, justement, le produit des contextes. Exemple : comment le RPR est devenu en 2002 l’UMP en dit long sur l’auto-immolation du néo-gaullisme et son absorption par la droite la plus classique.
Les deux approches, celle de R. Rémond et de G. Richard, généalogique et contextuelle, ne s’excluent d’ailleurs pas l’une l’autre. Ainsi, le Front national de Marine Le Pen s’explique avant tout en utilisant une grille de lecture contextuelle, opposant les victimes de la mondialisation à ses promoteurs. Mais il n’est pour autant pas absurde de voir en lui une continuité avec le bonapartisme, voire le gaullisme, et sa reprise conjointe de thèmes dits de droite, comme l’ordre et la tranquillité publique, et de thèmes dits de gauche, comme la justice sociale, la protection des plus faibles, la lutte contre le pouvoir de l’argent.
Reste à voir comment la prise en compte du contexte génère, à différentes époques, différentes droites. Gilles Richard distingue quatre périodes dans son histoire des droites.
De 1815 à 1914, c’est pour lui une seule période (il la conçoit sans doute trop longue). Il s’agit alors pour les droites de se positionner face à la République. C’est la droite face aux institutions. La droite légitimiste, puis traditionaliste (on peut encore l’appeler réactionnaire sans jugement de valeur : elle réagit contre l’esprit de la Révolution française) essaiera de déplacer sur le terrain social un combat quasiment impossible sur le plan des institutions (le symbole du drapeau blanc ne passe décidément pas et la sacralité des Bourbons est perdue à jamais depuis 1792-93). Les légitimistes ont ainsi été parmi les premiers à s’opposer à la mise en coupe réglée de l’homme par le libéralisme économique. Quant aux libéraux, orléanistes d’abord, puis « républicains modérés » ensuite, ils s’accommodent assez bien de la République, pourvu qu’elle ne soit surtout pas « la sociale ». En ce qui concerne la droite bonapartiste, autoritaire et « populiste » avant la lettre, elle sera pour une réforme de la République ou pour une République couronnée, mais pas hostile à ce régime. On le verra avec l’épisode du Général Boulanger qui, bien au-delà des limites personnelles du général, témoigne de l’apparition d’une droite nouvelle, populaire, sociale, non libérale, démocratique tout en étant critique du parlementarisme.
De 1914 à 1944, seconde période de G. Richard, les droites communient dans le nationalisme, souvent soucieux de mettre la France au diapason de la modernité, avec des personnalités comme André Tardieu ou Claude-Joseph Gignoux. L’histoire des droites est marquée avant la guerre de 1939 par la montée de ce qui fut peut-être le plus grand parti de masse français – et en tout cas à droite, le Parti social français (PSF) du lieutenant-colonel de La Rocque (le maréchal Pétain empêcha qu’il ne devienne jamais colonel), inventeur de la devise « Travail – Famille – Patrie ». Le PSF était l’héritier des Croix-de-Feu, qui ne furent pas plus fascistes que lui, mais en eurent la réputation dans les représentations dominantes, celles de la gauche. Ce nationalisme se fracasse devant la réalité de l’isolement de la France face à l’Allemagne en 1940. L’Occupation brouille les pistes. La plupart des premiers résistants viennent de la droite nationaliste ou en tout cas patriote, mais la Révolution nationale reprend des thèmes de droite, tout autant que des thèmes transversaux, inspirés des non conformistes des années trente. Elle entraîne la droite dans son discrédit.
La troisième période de l’histoire des droites s’étend de 1945 à 1974. Les années 1944-45, avec l’Épuration et les listes de proscriptions, sont évidemment le tournant majeur de l’histoire des droites. C’est la droite elle-même qui est condamnée dans ses fondements, accusée d’avoir soutenu Vichy, plus encore, identifiée à Vichy et à la Révolution nationale, balayée par l’idéologie « progressiste », incarnée par le PCF, la SFIO et le MRP. Tout anticommunisme est assimilé à des sympathies hitlériennes, ce qui met la droite dans une situation plus qu’inconfortable pour quelques années. Le tournant est majeur car la droite devient alors honteuse. Elle le restera jusqu’en 2007. Alors, avec Sarkozy, et sous l’influence de Patrick Buisson, la droite recommencera à s’assumer « de droite » (quelle que soit l’ambiguïté du contenu de cette notion).
La période 1945-74 est marquée par l’opposition entre la droite gaulliste et la droite libérale (notamment le CNIP et ses avatars). Ce n’est pas une opposition absolue. Il y a aussi un jeu d’alliances : Giscard est ministre du général de Gaulle. Ces deux droites ont aussi en commun l’anticommunisme. Mais c’est la droite gaulliste qui domine jusqu’en 1974. Elle a une légitimité : le patriotisme.
Fallait-il faire de 1974 la date de transition entre deux périodes, comme l’a pensé Gilles Richard ? Le découpage est discutable. 1974 est certes la fin du gaullisme, même sous la forme atténuée du pompidolisme. Mais on peut se demander si 1983 ou 1984 n’aurait pas été un moment plus significatif. Cette date est marquée par l’apparition d’une droite « infréquentable », hors du « cercle de la raison ». C’est bien entendu le Front national. 1974-1984 est en tout cas une période de transition avec l’apparition d’un néo-gaullisme autour de Chirac, créateur du RPR, un Chirac liquidateur, pourtant, avec l’« appel des 43 » (les députés ralliés à Giscard en 1974) du gaullisme historique. Peu éloigné du populisme dans le style, le RPR est radical-socialiste dans le fond, et c’est surtout dans ce sens très modéré qu’il évoluera.
L’opposition entre libéraux et nationalistes, qui définit selon Gilles Richard, la quatrième et dernière période de son histoire des droites (de 1974 à nos jours), est en tout cas beaucoup plus marquée à partir de 1984 que de 1974. Le nationalisme est, sous la présidence de Giscard, avant tout porté par la gauche, par le PCF et par Jean-Pierre Chevènement (il s’agit d’un nationalisme anti-américain, et anti-allemand dans le cas du PCF). Avec l’affaissement du communisme, en France dès 1981, et partout en Europe en 1989, l’anti-communisme de la droite perd son objet, et c’est le clivage entre nationalistes et mondialistes (ou encore libéraux) qui devient essentiel. Ce n’est plus le clivage droite – gauche. « Le clivage structurant l’histoire de la République depuis ses débuts a aujourd’hui cessé d’organiser la vie politique française », note Gilles Richard.
Une droite devient hostile à l’unilatéralisme américain, et c’est là encore le cas du FN, au rebours des autres droites mais aussi des gauches, ralliées au marché, au libre échangisme, à l’antiracisme comme succédané de la question sociale, à l’interventionnisme de la puissance impériale américaine, à l’exception de quelques groupes d’ultra-gauche.
C’est à partir de ce moment-là que la question identitaire (qu’est-ce que notre peuple est et veut rester ?) apparaît à droite, et se manifeste par la poussée électorale du Front national. C’est aussi à partir de 1983-84 que la gauche se rallie au libéralisme économique, abandonnant à leur sort de victimes collatérales de la mondialisation et de la dérégulation économique les classes populaires. Entre moins d’État et moins de marché, la gauche a clairement choisi la première option. Ce sera moins d’État et toujours plus de marché.
Certes, la droite libérale considère et considérera que ce n’est jamais assez quant au degré de libéralisme. Reste qu’elle n’en a plus le monopole. La gauche est désormais parfaitement compatible avec le marché. Elle mettra même l’idéologie du marché dans les mœurs. Et c’est ce que l’on appellera le libéralisme libertaire – autrement plus efficace et puissant que celui de M. Antoine Pinay. Avec le libertarisme sociétal, de Cohn-Bendit à Macron, la gauche met un turbo dans le moteur du libéralisme. Mais il y a bel et bien, pour cela même, la place, à droite, pour une autre droite qui, de son côté, critique l’abandon de la patrie et du peuple par la gauche. « Les malheureux n’ont que la patrie », disait Blanqui. « À celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien », concluait Jaurès. Cette autre droite – essentiellement le Front national – bien que libérale à l’origine (1974) sur le plan économique, devient vite favorable à une « troisième voie » – c’est le titre d’un livre de Bruno Mégret en 1997 – puis, avec l’effondrement du communisme, à une autre voie que le mondialisme. Cela culminera avec la « ligne Philippot », celle de l’État protecteur, adoptée par Marine Le Pen. C’est la revendication d’un État- stratège face au mondialisme plutôt qu’un État accompagnant et encourageant cette mondialisation. Un élément de rupture avec la droite libérale.
Dans le même temps, l’esquive de la question sociale est remplacée, à gauche, par l’anti-racisme et le différentialisme culturel (au demeurant superficiel, car la gauche ne croit pas vraiment aux différences). C’est ce qui amène une partie de la droite à reprendre la question sociale à son compte, dans le cadre d’une critique de la mondialisation qui date des années 1990 au moins, mais devient centrale avec le FN de Marine Le Pen.
Si chaque période du livre de G. Richard est caractérisée par une problématique centrale, il y a des superpositions de thèmes. 1815 – 1914 est marqué pour la droite par la question du régime, des institutions mais aussi par la question de l’alliance avec l’Église – une Église qui ne veut pas être prise en otage par la droite (et réciproquement du reste). Mais la question sociale est présente dès les débuts de la monarchie de Juillet, et la droite n’y est pas indifférente dans ses composantes non-libérales, pour ceux qui, à droite, ne se sentent pas héritiers des « grands principes » de 1789, et notamment de l’individualisme ennemi des toutes les associations et corporations.
Dans la période 1914 – 1944, des thèmes apparaissent comme la nécessité de combler le retard industriel, technologique, démographique et social par rapport à l’Allemagne. L’idée d’endiguer le retour des nationalismes par une coopération accrue en Europe (ou une alliance ? ou une fédération ?) est présente à droite. « Genève ou Moscou », s’interroge Drieu la Rochelle en 1928.
Entre 1944 et 1974, les droites partagent un anti-communisme sans concessions, mais se déchirent sur la question algérienne. Les franges dites « extrêmes » de la droite sont favorables, à front renversé, à une assimilation de l’Algérie à la France, dans la droite ligne de l’universalisme de gauche, celui de Jules Ferry et de Léon Blum, un universalisme du reste condescendant. Quant aux fractions « modérées », ou simplement réalistes de la droite, elles sont, avec Raymond Aron et le général de Gaulle, favorables à l’indépendance de l’Algérie, celle-ci vue comme inassimilable, et aussi comme un boulet, un morceau de tiers-monde accroché aux basques de la France. Ce sont les nationalistes, à qui la gauche reprochera plus tard de défendre une France « racie ou moisie » qui rêvent alors d’une « plus grande France », l’Algérie étant une nouvelle Californie. Là encore, le contexte génère ses propres rêves. Les idées créent leurs propres images.
La période actuelle, que Gilles Richard fait remonter à 1974, et qui est marqué par le choc de deux droites, nationaliste-populiste d’une part, et libérale-mondialiste d’autre part, se prépare sans doute dès ce moment voire avant, mais ne se développe qu’à partie de 1983-84. La droite se trouve alors devant la nécessite d’un choix. Elle a longtemps été le parti du conservatisme social et du conservatisme des mœurs. Mais, dans cette dernière période, il apparait de plus en plus clairement que c’est le libéralisme économique qui est le premier obstacle à ce conservatisme sociétal et « moral », au sens de la permanence de certaines mœurs, coutumes, façons de faire et façons de vivre (Alain Soral a appelé cela « droite des valeurs »). C’est ce libéralisme qui amène à la destruction des traditions, des communautés de métiers, des villages et des petites villes, de la patrie. Le conservatisme ne s’oppose plus à un communisme disparu ou moribond (Robert Hue, 3 % des voix en 2002, s’est rallié à Emmanuel Macron, Marie-Georges Buffet a fait moins de 2 % en 2007). Le conservatisme s’oppose au « bougisme », représenté par le libéralisme et le mondialisme, à la dérégulation, à la déréglementation, à l’idéologie de la libre circulation des hommes et des marchandises, qui légitime toutes les immigrations et toutes les délocalisations. Le conservatisme s’oppose à la « société liquide » qui est la pente naturelle du libéralisme sans-frontièriste et illimité. C’est pourquoi la droite ne peut plus juxtaposer des composantes libérales et des composantes conservatrices qui auraient vocation à s’allier ou se rejoindre pour « faire barrage à la gauche ». L’union des droites pour faire barrage à une gauche elle-même ultra libérale est un non-sens. L’un, le conservatisme, s’oppose à l’autre, le libéralisme. Le conservatisme inclut les valeurs, mais aussi le souci de conserver à la France une vocation productive, industrielle et paysanne. La France, du point de vue conservateur, n’a pas vocation à devenir un parc à thème, peuplé de différentes « tribus ethniques » vivant côte à côte sans faire un peuple. Le conservatisme des valeurs ne peut que s’opposer au libéralisme. Les droites sont à la croisée des chemins.
Pierre Le Vigan
• Gilles Richard, Histoire des droites en France (1815-2017), Perrin, 2017, 624 p., 27 €.
Libellés :
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1914,
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